Pratiques

7 apprentissages

7 apprentissages

1 - L’emboitement

Le sténopé est une histoire de chambre, de boîte et de petit trou. Prêtes à l’emploi, on peut bien sûr les acheter, surtout sur Internet, et parfois très chères : acajou ou titane, trous percés au laser. Nous avons toujours préféré fabriquer notre chambre avec une boîte en fer résistant au soleil et à la pluie. Se mettre en quête d’une boîte, c’est déjà découvrir un territoire et ses habitudes. Son format va déterminer celui du négatif papier et donc de l’image. On met du temps à choisir l’endroit ou percer le sténopé : au milieu du O ou dans l’ombrelle ? Moment crucial.

2 - Des lieux à prendre

De même qu’en cherchant la boîte, le sténopé nous apprend par la suite comment apprivoiser les lieux. Pour la prise de vue, il faut tourner avant de poser la boîte, avant de la suspendre, de l’accrocher, de la renverser ou de la scotcher. Elle peut aussi rester dans les mains mais le flou s’invite immanquablement et trouble les lignes. Faire une image au sténopé, c’est avoir fait le tour d’un espace pour trouver où nicher la boîte.

3 - Dans les courants d’air (temps1)

Point de choix pour le diaphragme en sténopé. Une fois percé le petit trou, seule l’intensité de la lumière et l’émulsion peuvent varier. Pour mieux partager l’acte photographique nous avons toujours choisi de travailler avec du papier comme négatif. Ces facteurs induisent de longs temps de pose. Le corps photographié, ne mesure pas l’effort qui va lui être demandé. Habitué à l’instantané, nous ne prenons plus que de courtes poses. Le sténopé, lui, n’en finit pas de rester ouvert et le photographié vacille.

4 - Le corps re-posé (temps 2)

Vient l’intemporel de la photographie sténopé. La pose devient pause. On cesse de chercher son portrait, on s’accoutume aux secondes dans lesquelles les muscles s’allongent. Les facultés de l’instant cèdent aux distorsions de l’attente, une identité incertaine mélange durée et finitude, contournement et limite, le visage devient un songe étendu sur les rives du visible. La pensée s’égare dans un dialogue entre soi, avec déjà, le devenir d’un autre.

5 - Les loges de la lenteur (temps 3)

Dans la lenteur, pendant des heures les formes se fondent en lignes et surfaces, ni vraies, ni fausses, indécises dans la fusion des nuits et des jours qui s’interfèrent. Après avoir délicatement posée sa boite sur l’armoire, une femme ouvre un lit et rêve des heures au sentiment silencieux qui s’infiltre dans la chambre noire. Le sténopé photographique et cinématographique, allie pause et mouvement.

6 - La multiplication des plans

La taille du sténopé, du petit trou, doit être calculée en fonction du volume de la boite pour obtenir le meilleur diaphragme. La netteté peut être optimale à tous les plans, du plus proche à l’horizon. La profondeur de champ du sténopé est ainsi supérieure à n’importe quel appareil photo. Le mur de Mopti, le trottoir de Naples, la planche de Chinon, se dressent dans l’image où les proportions et les distances s’abolissent dans cette photographie « romane ».

7 - D’anamorphose en perspective

La photographie sténopé agace « la construction légitime » de l’espace moderne réinventé à la renaissance. Les anciens ne faisaient pas de différence entre optique et perspective. On ôte le scotch pour ouvrir le sténopé et il semble que ce soit le réel sans plus d’observateur, ni d’œil quelconque qui se projette dans la chambre noire. La rue, l’arbre, le banc, le passant, le nuage, le soleil, tous ensemble rentrent dans la boite, moins par défis des lois que par une loi propre et irrépressible. L » anamorphose est moins comprise comme le résultat de la forme de la boite que comme cette vitesse étrangement rapide et lente à la fois, par laquelle les composants du dehors se sont précipités dedans. Le sténopé, photographie sans objectif, inverse le sens de la projection d’une représentation et s’affranchit de la vision traditionnelle.