vu d'ici, Baronnies Provençales

projet sténopé dans les paysages du Parc naturel régional des Baronnies Provençales

vu d'ici : La Roche Sur Le Buis et le Poët Sigillat

Projet mené avec le Parc naturel régional des Baronnies Provençales

Interlocuteurs du Parc associés au projet : Alexandre Vernin et Charles Ronzani

Photographes d’Oscura : Elisabeth Towns, Jean-Michel Galley

Juillet 2014 - Juillet 2016


Avec vu d’ici , nos boîtes invitent les habitants, promeneurs, travailleurs à partager la perception et la pratique qu’ils ont des paysages du Parc naturel régional des Baronnies Provençales.
Au regard de son relief marqué par les déformations minérales, Alexandre-le-bibliophile et Charles-le-paysagiste aiment comparer ce territoire à un livre froissé.
Il découle de cette géomorphologie des paysages et une occupation humaine en mosaïque.

Plutôt que de se poster devant le paysage évident, consensuel, déjà-là, ou iconique, vu d’ici s’efforce de parcourir la genèse des paysages d’abord invisibles et qui prennent forme au fur et à mesure qu’on les parcourt, qu’on les parle, qu’on les perçoit, qu’on les suit dans leur gestation.

La première chambre-laboratoire a pris place à La Roche sur le Buis, chez Philippe puis chez Francis Jacquet.
La seconde s’est installée dans la mairie du Poët Sigillat.


Le Poët Sigillat
Situé à à une vingtaine de kilomètres à l’est de Nyons, le Poët Sigillat est un’’ village perché’’ au bout de la route et d’un dernier virage. Ancien castrum, le village surplombe la vallée de l’Ennuyé.
Ce matin-là, Monique nous attendait sur le pas de la porte. Son sourire, son énergie et le soleil étaient de bons augures.
Pour l’installation du laboratoire, la mairie nous ouvre la pièce la plus conviviale qui soit : la cuisine.
Le lendemain, Nathalie est la première au rendez-vous, avec son bel appareil photo. elle vient pour l’atelier photo. Elle ne sait pas ce qu’est le sténopé et a préféré ne pas venir les mains vides. nous lui avons présenté l’atelier, sa philosophie ainsi que son outil principal . Elle n’a pas hésité mettre de côté l’appareil pour apprivoiser les boîtes.
Nous attendons que Monique, Maud, sandra, Guillhem et José nous aient rejoint pour ensemble nous faire la main avec cet outil, nous habituer à la lumière d’ici, observer la trajectoire du soleil et découvrir la manière dont chacun dont chacun met en forme l’espace pour le faire advenir en tant que paysage.
Monique nous raconte que les livreurs des articles commandés en ligne dérapent parfois dans les virages, pressés qu’ils sont de se conformer au délai de livraison imparti/promis, déterminé par le kilométrage et faisant abstraction de la configuration du terrain et des routes qui ont du s’y adapter.
A suivre


La Roche sur le Buis
Le château en ruines juché sur un éperon de calcaire fracturé, le petit musée de la vie quotidienne, le cimetière qui abrite le jardin des simples, la mairie en travaux, et puis les habitants, à l’année ou en vacances.

Philippe nous présente ses voisins et nous ouvre les portes du musée.
De fil en aiguille nous faisons la connaissance d’habitants.
Madame V a donné nombre d’objets et de photographies au musée et s’en est aussi beaucoup occupée. Son mari pointe du doigt la ferme de leur fils, en face, sur le flanc ouest.
JL franchit timidement le seuil du laboratoire. Il travaille à la Roche et connait comme sa poche les sentiers détournés, des passages secrets qui mènent à ses panoramas intimes.
G, M, M et P viennent de Sainte Jalle et se sont égarés avant de nous trouver.
Z et B sont en vacances avec leurs parents, chez leur grand-père. Ils habitent en bas du chemin, après le virage, un peu à gauche, en face de la fontaine...
Se forment des petits groupes de personnes. Elles n’ont pas le même âge. Certaines se côtoient régulièrement, d’autres non. Comme à notre habitude, nous faisons doucement connaissance en marchant. Nous déambulons, guidés par nos hôtes. Il faut prendre le temps de la familiarité.

Les sens en éveil, nous cherchons comme des portes pour entrer dans ce qui nous environne. Une femme me montre un détail lointain que je n’avais pas vu. G imite une main qui caresse le tronc d’un arbre. Quelqu’un froisse une feuille et reconnaît la mélisse. A l’entrée d’une cabane, des bourdonnements nous incitent à la prudence. Déjà aiguisés, nos sens nous étonnent et nous engagent dans une relation avec le milieu.

Cette relation est faite de dialogue entre celui d’ici et l’étranger ainsi que d’une confrontation avec l’environnement. On négocie un détour, on impose une halte, on rebrousse chemin, on tente de passer dans un fourré, on évite une pierre, on interroge une fissure, on cherche de l’ombre, on butte sur une racine, on glisse sur un éboulis, on écarte une branche. Ce corps-à-corps dévoile la physiologie du paysage. C’est dans le surgissement de la vitalité qui le traverse que s’ancrent les liminaires du sténopé .

La perception commence d’organiser tous ces menus accidents comme autant de formes contingentes qui, une fois articulées, semblent murmurer une part de l’énigme de la naissance du paysage et de son image mentale : l’intention...

Le lendemain, les premières personnes viennent chercher des boîtes et s’en vont accomplir leur paysage, en gestation depuis la veille, dans le possible agencement de formes, de matières, de sensations, de pratiques, de récits qui, jusqu’alors, cohabitaient sans se fréquenter.
Les boîtes trouvent leur place sur le rebord d’une fontaine, dans des fourrés ou dans l’intimité d’un jardin, au pied d’une croix, au coeur du festival des flûtes en Baronnies, même sur le toit de la mairie en chantier. D’abord sceptiques, les maçons se sont pris au jeu.
Ici, en août, par beau temps, le soleil tend à faire de la végétation une éponge à lumière et du calcaire un miroir ; du pur noir et blanc, avec peu de nuances. Certains négatifs seront vite saturés.
Parfois des visages se confondent avec le paysage. D’autres fois ils s’en détachent.

Lors de nos explorations, nous découvrons deux cabanons dans des oliveraies. Nous rencontrons leurs propriétaires, Mr Jacquet et Mr Ravaute. Nous transformons les deux cabanons en chambre noire géante. C’est dans le cabanon de Mr Ravaute, par temps de grand mistral, que nous réalisons les prises de vue grand format.


Une exposition ainsi que des rendez-vous photographiques les matins de soleil sont prévus au temple de Venterol du 21 au 30 octobre 2016.