Deux ans au moins pour se reconnaître, se...

Deux ans au moins pour se reconnaître, se...

Deux ans au moins pour se reconnaître, se repérer, faire de la mémoire. Rencontrer une personne ça peut aller vite ; question d’affinités. Rencontrer le quartier, les gens d’ici, c’est plus long.
Dans les conditions du temps se fabrique l’alliage de la confiance. C’est la même chose entre les générations, entre les cultures, entre les origines et les horizons à imaginer ensemble.
La présence, la répétition de la présence, des allées et venues qui creusent et découvrent la source pour boire et mélanger les verres. Un jour, on va par là, le lendemain, on revient sans savoir si c’est un retour ou un nouveau départ. Etre familier c’est oublier quant tout a commencé et ne jamais penser à la fin, s’installer en désordre dans la mémoire qui se manifeste par bribes, en balades.

Finalement la mémoire est à tous les temps. A chaque redite elle se déploie autrement, ailleurs, un peu à coté. Ce n’est pas une science exacte, plus sûrement une interprétation forgée du dedans de soi-même. En cherchant bien, les souvenirs sonnent comme un vœu mille fois répété et mille fois déformé en silence. Ils arrivent à la bouche en confidence.
La mémoire n’est pas déjà là. Il faut y revenir sans cesse. La mémoire d’un lieu se croise entre des gens différents. Comme ça on est certain qu’elle reste fraîche.

Quatre saisons pour la mémoire, un cycle nécessaire pour voir à quoi ressemblent le sommeil, l’éveil, l’envol et l’oubli.

Deux ans, oui c’est un minimum pour suivre et poursuivre la course des rêves, de l’aube sur la mer au crépuscule dans les montagnes. Entre la Méditerranée et les Pyrénées, le livre des Vernet évoque ces parcelles de mémoires, sélectives et mouvantes. Le choix est entre nous, restant ouvert aux autres et à la suite.

Extrait de l’introduction En quête de mémoires, décembre 2012