Autoportraits d'une ville : Skopje, projet sténopé dans les Balkans

Autoportraits d'une ville : Skopje, projet sténopé dans les Balkans

Skopje 2000 - 2005

intervenants Oscura : Jean-Michel Galley, Maria Qinqueri, Elisa Towns

intervenants macédoniens : Divna Zézovska, Vladimir M

1/Cadre du projet

Depuis maintenant trois ans l’association Oscura propose à Skopje des ateliers photographiques durant lesquels les habitants peuvent s’initier au sténopé.(le sténopé n’est rien d’autre qu’une simple boîte percée d’un trou minuscule) Ces ateliers collectifs s’inscrivent dans un vaste projet mis en place et suivi par la l’association Via Patrimoine/Pays d’art et d’Histoire de l’Angoumois et l’Association Nationale des Villes et Pays d’art et d’histoire. Ce projet porte sur la valorisation et la dynamisation du patrimoine tant historique que vivant ou culturel en Macédoine. Pour bien saisir l’intérêt et l’ambition d’un tel projet, resituons-le dans le contexte général de la Macédoine.

2/Contexte général, géographie

La Macédoine, ancienne république yougoslave de Macédoine est située au cœur des Balkans, au Sud-Est de l’Europe. Population : Sa population atteint plus de 2 millions d’habitants ; Elle est constituée de 66% de macédoniens, 23% d’albanais, 4% de turcs, 2,3 de Roms, 2%de serbes et 0,4% de Valaques. Religion_ Les principales religions sont la religion orthodoxe de Macédoine et l’Islam Economie_ Depuis son indépendance en 1991, la Macédoine a connu de graves difficultés économiques ayant pour origine les crises politiques qui ont affecté l’Europe de l’Est depuis les années 90, l’embargo de l’ONU sur la Serbie et le Monténégro, ainsi que le blocus mis en place contre ce jeune état par la Grèce. ; 30% de la population est au chômage. Ces difficultés ont entraîné un importante aide internationale(aide humanitaire d’urgence, aide au développement économique, aide financière à la balance des paiements ou au budget de l’état Elle devient membre de l’ONU en 1993, puis membre du Conseil de l’Europe et de l’OSCE en 1995. ; Elle est membre associée de l’Organisation Internationale de la Francophonie depuis 1999.

3/Historique du projet sténopé

Le but visé par la mise en place d’ateliers sténopé était de former une petite équipe à la médiation du patrimoine et d’aborder l’étude morphologique, historique et ethnologique du Bazar de Skopje puis de l’ensemble de la ville. En 2001, une première exposition de photographies réalisées essentiellement avec les élèves de l’école Ljuben Lape et du lycée Yahya Kémal a eu lieu à Kursumli-An. Entre juillet 2002 et novembre 2002, une autre série d’ateliers s’est inscrite dans le cadre d’un programme portant sur la connaissance et la valorisation des métiers et savoir-faire traditionnels dans les Balkans.
- En juillet 2002, c’est une quinzaine de jeunes qui ont participé à l’atelier alors implanté au Musée National de Macédoine.
- En octobre/novembre 2002, un nouvel atelier collectif a été accueilli par la Faculté des Beaux-Arts du Vieux Bazar. Des étudiants du lycée Yahya Kémal, des élèves de l’école Kiril et Métodi ainsi que quelques ‘’individuels’’ ont été initiés par trois participants du mois de juillet, Irfan, Divna et Vladimir. La plupart des images ont été exposées lors du séminaire européen qui s’est déroulé du 12 au 15 décembre à Skopje. Rappelons que ce séminaire portait sur la revitalisation des métiers et savoir-faire. Il a permis à des acteurs de la vie culturelle de la Hongrie, de la Roumanie et de la France d’identifier ces métiers et savoir-faire traditionnels ainsi que leurs lieux d’implantation. Pour les participants, ce fût aussi l’occasion d’échanger leurs expériences et de mettre en commun leurs réflexions leurs difficultés et les démarches initiées(formations, apprentissages, initiatives micro-économiques locales) pour valoriser des patrimoines, tant architecturaux qu’artisanaux ou artistiques menacés de disparition. L’Ambassade de France en Macédoine, l’Association Via Patrimoine, l’Association nationale des villes et pays d’art et d’histoire, la faculté des Beaux-Arts de Skopje, le lycée Yahya Kémal, le ministère de la Culture français, le ministère de la Culture macédonien, le Musée National de Macédoine ont été les partenaires de ce projet sténopé.

4/Bilan synthétique

a)- La pertinence du sténopé comme outil d’approche Durant les ateliers menés par Oscura depuis 2000, on doit d’abord souligner que l’engagement des élèves et du lycée Yayja Kémal a été constant. Ces ateliers ont aussi permis d’inviter les participants et de les ouvrir plus largement à l’ensemble des perspectives offertes par le projet global » Skopje, ville d’art et d’histoire » Nous nous sommes rendus compte de l’importance de la démarche artistique dans l’approche du patrimoine sous toutes ses formes et dont la composante principale est dans ce cadre précis, la population active et ses lieux d’activités et de vie.

b)- La réaction des habitants_ Parmi les habitants du bazar qui attendent une réouverture des investigations visuelles, on peut citer, Ekrem G, teinturier ou Eyup, bijoutier, Naïm A, maroquinier. Ils font partie de ces personnes complètement ouvertes pour s’investir dans un travail original, d’un genre nouveau, concernant la participation des citadins à la narration et la connaissance de la ville.

c)- la pérennisation du travail entrepris_ En 2002, l’initiative s’est prolongée à travers et avec les personnes déjà sensibilisées à cette démarche, jeunes habitants et commerçants La poursuite du travail a ainsi permis dans un premier temps de constituer une petite cellule d’expérimentation à la médiation artistique du patrimoine et de développer un propos inattendu et singulier du Bazar, que l’on souhaite étendre à l’ensemble de la vieille ville (2003).

5/Les perspectives 2003

Les moyens à mettre en œuvre :
a)- La consolidation des acquis
Maintenir la cohésion et le suivi de la petite équipe d’intervenants choisis parmi les jeunes et les étudiants, le premier objectif étant la production d’un travail abouti sur deux ou trois quartiers de Skopje
b)- la mise en place d’une formation pluridisciplinaire
Etablir un programme court d’approfondissement des pratiques d’atelier, programme à caractère interdisciplinaire (pratiques artistiques visuelles, histoire de l’art, ethnologie et techniques de communication).
c)- l’extension des territoires à investir
Etendre la démarche entreprise depuis 2001 à d’autres quartiers de Skopje(cf : « le projet à développer »), tout en réfléchissant de manière concrète au volet technique de la formation à la médiation qui se déroulera en 2003. Pour ce faire il est nécessaire de :
d)- mettre en place et un laboratoire dans un lieu ouvert à notre démarche et qui ferait l’objet d’une convention de partenariat.

Le projet à développer : Le patrimoine culturel des Rom de Sutka et dans la région de Skopje

A la suite de l’initiative menée en 2002, les participants les plus assidus de l’atelier sténopé ont émis le souhait de travailler sur le Sutka, quartier situé au nord Ouest de Skopje. Ce quartier n’a quasiment jamais fait l’objet d’investigations (sociologiques, archéologiques, ethnologiques) ou d’actions (sociales, culturelles, artistiques). Il est principalement habité par la communauté Rom.

fragments d’une histoire*…..

Les noms : Rom : C’est le seul nom que les Tsiganes se donnent eux-mêmes, c’est le nom de Rom (masc. sing.) qui signifie « époux ». Ils emploient aussi Romni (au fém.) et Roma (au pluriel, masc. et fém.). Tous les autres termes servant à identifier les Tsiganes ont été donnés par des non-Rom. Habituellement, le terme de Rom désigne les Tsiganes d’Europe Centrale. Tsigane : Du mot grec athinganos, tsigane signifie « celui qui ne veut pas toucher ni être touché ». Le terme sert à désigner les Rom, indistinctement de leur pays d’accueil. Gitan : À leur arrivée en Grèce au IXe siècle, les Tsiganes se sont regroupés dans le Péloponèse au pied du mont Gype. Par la suite, les voyageurs italiens appelèrent ce lieu « la petite Égypte »(sans doute à cause de sa fertilité) et leurs habitants Egyptiano. Le même mot a donné Gitano en Espagne et au Portugal, puis Gitan en France et Gypsy en Grande-Bretagne. En France, le mot gitan désigne les Tsiganes du Midi vivant près des Saintes-Maries-de-la-Mer. Bohémien : Les premiers Rom arrivés en France venaient de la Bohême (une région de la République tchèque actuelle), d’où cette appelation. Manouche : Ce terme d’origine tsigane provient du mot mnouch et signifie « homme ». On dit qu’il sert à désigner la moustache (ou bien la barbiche) que porteraient la plupart des Gitans. En France, les Manouches sont généralement installés près des rives de la Loire. Des tribus se différencient par des noms de métiers :par exemple, les Kalderachs sont chaudronniers, les Tchuraras sont fabricants de tamis, les Lovaras sont maquignons. Gadjo nom par lequel la communauté tsigane désigne les non-tsiganes. le nomadismeComme les Rom n’ont pas d’état propre, ils sont dispersés non seulement à travers l’Europe, mais aussi en Amérique (Argentine, Brésil, Colombie, États-Unis). Sa population n’a pas fait l’objet d’un recensement. On l’estime à environ 80 millions. Le premier témoignage sur l’exode des ancêtres des tsiganes et sur leur arrivée en Iran est un récit d’Hamza ispahan rédigé en 950. De façon générale, les Rom pratiquent le nomadisme, ce qui n’est pas sans leur causer des difficultés au plan de l’intégration sociale, car leurs valeurs et leur mode de vie différents les ont toujours soumis aux pressions assimilatrices de la population majoritaire, quel que soit leur pays d’adoption. Du fait de leur grande mobilité et de leur type d’habitat (souvent en caravane), les Roms sont exclus des prestations et de la sécurité sociales, et généralement désavantagés dans les domaines de l’éducation, de l’emploi, de la santé, du logement et de la participation à la vie publique.

La langue Ceux qui parlent encore le romani (ou tsigane) – environ 1,5 millions de locuteurs -, leur langue ancestrale, habitent surtout la Bosnie-Herzégovine, la Roumanie, la Pologne, la Hongrie, l’Albanie, la Grèce, la Slovaquie, l’Ukraine, le Portugal, l’Espagne, la Norvège, la Suède, la France, les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la République tchèque, etc. La langue romani reste l’unique représentante européenne du groupe indo-iranien appartenant à la famille indo-européenne. Le romani a préservé en grande partie l’héritage des langues de l’Inde du Nord, plus particulièrement le hindi et le rajasthani dont il a en commun 60 % du vocabulaire de base. La langue que parlent les Roms est à l’image de l’itinéraire de leurs ancêtres : le romani est donc différent d’un pays à l’autre, très teinté de particularismes linguistiques, tout en conservant une certaine intercompréhension. On dénombre au moins une quinzaine de variétés de langues roms. *source des informations : Encyclopédia Universalis – http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/tsiganes.htm

1ère phase : les images

Dans cette partie Nord-ouest de Skopje dénommée Sutka, se trouve une partie de la population quelque peu marginalisée et peu sollicitée par les différentes initiatives visant la mise en place d’un processus de développement social. Il s’agit des Rom, lesquels, rappelons-le constituent 2,3% de la population macédonienne. Aucune approche, aucune tentative d’étude d’inventaire ou d’évaluation nous permet de connaître et d’apprécier le patrimoine culturel pourtant existant des Rom de Macédoine. Le très faible niveau de vie de cette partie de la population, ses carences en matière d’alphabétisation et de scolarisation ainsi que le peu d’intérêt que lui accorde la communauté internationale ne lui permettent pas d’organiser et de faire valoir ses savoir-faire traditionnels et ses pratiques culturelles (bijouterie, vannerie, broderies, coiffures, rétamage, tannerie, folklore vestimentaire tradition orale et musicale, habitats, etc.). L’atelier sténopé propose une approche de ce patrimoine traditionnel. Dans un premier temps, nous aborderons la communauté pour une première prise de contact. Le projet sera alors présenté ainsi que l’outil sténopé et ses opérateurs. En fonction des réactions, le projet pourra être adapté, affiné et enrichi d’orientations nouvelles. Un rendez-vous sera pris pour une première démonstration de l’utilisation du sténopé. A l’issue de cette démonstration, nous constituerons un petit groupe de participants avec lequel nous établirons un calendrier pour les ateliers à venir. Notre volonté est aussi de mobiliser certains jeunes habitants de Sutka en situation précaire autour d’une telle initiative. En effet, nous avons pu constater que certains d’entre eux faisaient ‘’la manche’’ dans les rues de Skopje. Sans avoir la prétention de les détourner de cette pratique, nous souhaiterions attirer l’attention sur le fait qu’ils sont aussi dépositaires d’autres pratiques, d’autres savoirs qui méritent d’être mieux connus, mieux diffusés. Ainsi objectivé, ce patrimoine pourra être reconnu en tant que tel par l’ensemble de la population. L’outil sténopé sera utilisé comme un médiateur qui les incitera à nous découvrir, à se découvrir, à nous faire découvrir leur territoire, leurs lieux de vie, les figures de leur quartier, ses particularités architecturales et urbanistiques, les métiers qu’ils excercent et qui ont cette particularité d’être compatibles avec la vie nomade.

2e phase

les paroles et la musique Après ces ateliers sténopé ayant pour fil conducteur le patrimoine culturel des Roms de Macédoine, une série d’interviews menés avec les habitants de Sutka permettront d’opérer un autre type d’approche de ces savoir-faire traditionnels. Ces interviews pourront par exemple, être transcrits par écrit et participeront alors à la présentation de Sutka et de ses habitants que nous espérons faire par le biais d’une édition (Cf le § » les images, la musique et la parole »). Ils pourront aussi faire l’objet d’enregistrements qui permettent quant à eux, de prendre en compte et de faire valoir la tradition orale et/ou musicale, en tant que telles, si souvent sous-estimée dans l’approche de certaines communautés. Notons que la musique tsigane est déjà célèbre au dixième siècle en Iran. Elle est couramment invitée, comme d’ailleurs la danse, aux fêtes tant aristocratiques que populaires. Ces notes et ces paroles mettront peut-être à jour, d’autres mémoires, d’autres coutumes, nous entraîneront peut-être vers d’autres lieux, vers d’autres rencontres qui seront autant d’occasions de faire passer nos sténopés de main en main.

3e phase

les images la musique et les paroles. Images et paroles se retrouveront dans la mise en forme d’une exposition qui sera organisée au terme de ces investigations et ce, dans un lieu et à une date qui restent à déterminer. Ils se retrouveront aussi sous la forme d’une édition qui sera tout autant un outil permettant de présenter et de « médiatiser » les coutumes et savoir-faire traditionnels des Roms de Sutka. Ainsi, pourront-ils faire valoir l’intérêt que la société civile aurait à prendre en compte et leurs richesses en matière d’artisanat, de savoir-faire et de tradition orale et musicale. L’intérêt ainsi éveillé permettrait que les habitants de Sutka puissent réfléchir et participer, avec les habitants des autres quartiers, au processus de développement social mis en place depuis quelques années déjà dans la région.